• la beauté c'est quoi

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    Tout ce qui nous rend belles
    * Auteur de “ le Poids et le Moi ”, éditions Armand Colin.– À lire : “ Histoire de la beauté ”, d’Umberto Eco, éditions Flammarion.
    De l’adolescence à la maturité, petite ou ronde, brune ou blonde, soyons d’abord nous-même. La beauté ? C’est une affaire privée. Paroles de psy, paroles de femmes.

    Un mètre soixante-quinze, cinquante kilos, les seins de Sophie Marceau, les fesses de J.Lo et le visage de Kim Basinger (dont les proportions correspondraient le plus au nombre d’or), et si possible le charme de Sharon Stone..., voilà, en gros, la nouvelle icône. D’un côté, une Barbie au Q.I. élevé, de l’autre, des milliards de femmes qui se débrouillent plus ou moins bien avec ce fantasme. Parmi elles, un lot de sacrifiées sur l’autel de la Beauté, nouvelle déesse des temps modernes. Omniprésente, toute-puissante, sévère et hyper-exigeante, Vénus a pris le pouvoir sur nos consciences, notre corps et sur l’économie.
    L’industrie cosmétique a une mine florissante, les rubriques Beauté des magazines (et la pub qui va avec) prennent de plus en plus de poids, les émissions de télé sur le sujet marchent à plein régime et le “ bistouri-boom ” bat son plein.
    Toutes condamnées à plaire ?
    C’est prouvé : une personne avec un physique agréable obtient de meilleures notes à l’école, a un tiers de chances en plus de réussir une belle carrière et, en cas d’infraction, reçoit des peines moins lourdes. “ De nos jours, le corps fait vraiment le moine. Il est un marqueur social impitoyable ”, constate Hervé Juvin, auteur du livre “ l’Avènement du corps ” (Gallimard).
    Les femmes ? Elles se cassent la tête. Interrogées par Publicis Consultant à l’occasion des vingt ans des parfumeries Marionnaud, la plupart des clientes se sont réjouies de la démocratisation de la beauté mais ont avoué souffrir de la pression sociale, surtout au travail. “ Aujourd’hui, ne pas avoir l’air jeune, ne pas être bien coiffée, bien habillée, c’est presque considéré comme une faute professionnelle ”, regrettent-elles.
    Pas étonnant ensuite que seulement 2 % des femmes dans le monde (et 1 % en France !) se trouvent belles. Tels sont les résultats de l’étude que Dove a menée dans dix pays sur trois mille deux cents femmes, sur leur perception de leur propre beauté et ce qui l’influençait. La plupart en effet ne se trouvent pas jolies, juste “ moyennes ” ou “ naturelles ”. En sont-elles malheureuses ? Pas toutes, heureusement, puisque huit Françaises sur dix se regardent tous les jours dans la glace et que 80 % d’entre elles disent se plaire et se sentir bien avec elles-mêmes. Quand on demande aux mêmes femmes ce qui les rend belles, 86 % répondent “ être aimée ” et 82 %, “ prendre soin de moi ”, ce qui, pour la majorité, se résume à paraître propre et soignée.
    Le maquillage n’est cité qu’en septième position, bien après le déodorant et le shampooing. Il est aussi intéressant de noter que 29 % des personnes interrogées se sentent belles “ quand elles le sont plus que leurs amies ”... “ C’est que la femme d’aujourd’hui est pétrie de contradictions, note Sylvette Giet, docteur en sciences de la communication à Tours, qui a réalisé un travail sur l’image de la femme dans la presse féminine et a signé le livre “Soyez libres ! C’est un ordre” (Autrement). Jamais on n’a lu autant d’injonctions à la liberté et à l’autonomie et jamais on n’a donné autant de conseils, directs ou indirects. Et proposé partout le même modèle corporel : jeune, mince et bronzée. Enfin, jamais, pour les femmes qui se disent libérées, l’homme n’a été aussi présent. Avant tout, c’est lui qu’il faut conquérir. Un phénomène particulièrement frappant dans la presse pour jeunes filles, où l’érotisation des corps et du discours ne cesse de croître. ”
    Ne jamais perdre le contrôle
    Georges Vigarello, historien et auteur d’une “ Histoire de la beauté. Le corps et l’art d’embellir ” (Seuil), a lui aussi constaté l’existence de ces ordres paradoxaux, de cette dualité entre une norme puissante (jeunesse, minceur, dynamisme) et un grand besoin de personnalisation et de singularité, ce que d’aucuns ont appelé l’“ egologie ”. Il faut mincir mais avec “ sa propre méthode ”, se faire opérer mais rester soi-même, jouir de tout mais ne jamais perdre le contrôle, avoir un corps voluptueux et anorexique à la fois. Chacune d’entre nous devient responsable de son apparence, de son bien-être, de sa santé.
    Vous n’y arrivez pas ? C’est votre faute puisque aujourd’hui, tout changement est possible, ou presque. “ L’icône d’aujourd’hui, ce n’est pas celle qui est belle, mais celle qui s’est faite belle et qui le montre, telle Madonna, pense Hervé Juvin. La beauté est le fruit d’un travail, un capital à faire fructifier. ” Et quand la beauté se fait morale, la culpabilité n’est jamais loin. De quoi devenir schizophrène. Ou boulimique. Ou anorexique. Ou obèse. Psys et nutritionnistes confirment : les troubles alimentaires ne cessent d’augmenter, y compris chez les garçons. On a bien retenu la leçon : il faut souffrir pour être belle...
    Ce malaise explique sans doute le grand succès des publicités Dove qui affichent des femmes normales, avec leurs rondeurs et leurs rides, bref, “ pas esthétiquement correctes ”. Les journaux féminins se sont faits l’écho de cette campagne avec enthousiasme... Mais continuent à proposer des régimes (“ à la carte ”) et à photographier des mannequins filiformes de dix-huit ans. “ Les femmes ont besoin de rêver ”, répondent les publicitaires. Peut-être.
    Un idéal nécessaire
    “ Les canons de beauté existent depuis la nuit des temps et la société a toujours proposé une image idéalisée du corps très éloignée du physiologique, rappelle Georges Vigarello. L’erreur serait de croire qu’on peut échapper au collectif. Il a d’ailleurs un côté rassurant. Contrairement à ce qu’on peut penser, la norme est aujourd’hui bien moins forte qu’avant, à la Renaissance ou même dans les années soixante qui avaient des standards très précis. La grande évolution, c’est qu’aujourd’hui cette norme touche toutes les couches sociales et surtout, le corps tout entier. Jusqu’à la fin du XIXe, la beauté ne concernait que le visage, siège de la spiritualité. En accédant au travail, puis aux loisirs, puis à la contraception, la femme a libéré le bas du corps. ”
    Pour mieux le réduire en esclavage ? “ Pas forcément, estime Georges Vigarello. Les exigences de la société actuelle sont bien plus souples qu’on ne l’imagine. ” Et les Françaises plus sages ? C’est en tout cas l’avis de Cédric Kron, chirurgien plasticien à Paris. L’adolescente qui vient “ s’acheter ” une paire de seins comme un maillot de bain, l’épouse qui ne vient que pour faire plaisir à son mari, celle qui veut ressembler à Pamela Anderson ou celle qui a un problème psy représentent moins de 5 % des consultations. Selon lui, la clientèle de la chirurgie esthétique s’est réellement élargie à tous les milieux, les femmes n’ont plus honte, elles en parlent plus librement mais, fondamentalement, les demandes n’évoluent guère. Il y a celles qui viennent pour se trouver et celles qui viennent pour se retrouver. Et contrairement aux standards américains, chez nous, il faut que le résultat soit naturel, qu’il respecte la morphologie et la personnalité.
    “ Mes patientes ne viennent pas me voir pour ressembler à une gamine de vingt ans, juste gagner une dizaine d’années. Il y a de plus en plus souvent un décalage entre l’âge ressenti et celui que renvoie le miroir. L’important, c’est que ça ne se remarque pas et qu’elles puissent se reconnaître ”, assure le Dr Kron. Pourtant, signe des temps, on lui demande des prothèses mammaires plus grosses qu’avant et les demandes de rajeunissement surviennent de plus en plus tôt.
    Séduisante, corps et âme
    “ Qu’est-ce qui vous dérange chez vous ? ” La fameuse question des chirurgiens dévoyés de la série “ Nip/Tuck ” est aussi le sésame de toute première consultation esthétique qui se respecte. “ Quand une patiente arrive en disant “Je veux un lifting ou une liposuccion”, il faut l’arrêter tout de suite et commencer par essayer de cerner sa demande, poursuit le Dr Kron. S’assurer qu’elle se fait bien opérer pour elle, comprendre ses motivations, ses attentes. Discuter et rediscuter. Sinon, on court à l’échec. La règle d’or : ne jamais prendre sa décision lors d’une première rencontre. ” D’ailleurs, aujourd’hui, la loi impose un délai d’au moins quinze jours entre ce premier rendez-vous et le passage à l’acte. Parfois, il serait aussi plus prudent d’exiger de voir la femme du chirurgien en même temps que le devis. Même si on croise heureusement de moins en moins de nez ou de seins “ signés ”, les critères du praticien restent malgré tout stéréotypés. Il suffit de se rendre dans un congrès de chirurgie esthétique international pour rencontrer une belle brochette d’épouses clones.
    “ Pour dix plasticiens, vous aurez dix regards différents, reconnaît le Dr Kron. Même si on essaie de faire abstraction au maximum de ses goûts personnels, inconsciemment, on influence toujours ses patientes. ”
    Et on en arrive à la question fondamentale : la beauté est-elle désir ? “ On pense avec son corps, répond le Dr Bernard Waysfeld, psychiatre et nutritionniste *, et la séduction fait partie des fondamentaux de notre personnalité. Chez l’être humain, la beauté est toujours liée à la pulsion sexuelle, elle-même liée à la fécondité. Inconsciemment, pour transmettre les gènes dans les meilleures conditions, une femme doit être jeune, en bonne santé, avoir une poitrine généreuse et des hanches accueillantes. Et pour “porter” la femme et l’enfant, l’homme doit être grand, fort et doté de larges épaules. ”
    Avec la maîtrise de la contraception et de la reproduction, on pourrait s’attendre à ce que tous ces schémas volent en éclats. Il est vrai que dans les années soixante-dix, on a vu apparaître un corps androgyne, asexué, mais pour mieux voir triompher dernièrement une silhouette totalement érotisée avec une grosse bouche, de gros seins, des fesses rebondies. Est-ce que ça suffit pour plaire ? Visiblement pas. On connaît toutes ces femmes physiquement insignifiantes qui dégagent un magnétisme étonnant et séduisent qui elles veulent, à tout âge, et d’autres, jeunes et ravissantes, aussi attirantes qu’un sachet de soupe lyophilisée. On sait aussi très bien qu’une femme aimée et désirée se sent la reine du monde et inversement.
    Alors, la beauté intérieure ne serait pas qu’une vaste fumisterie, un placebo pour ego blessé ? Le Dr Waysfeld en est convaincu : “ Être belle, c’est avant tout être présente et vivante. ” Et surtout pas parfaite. “ Une femme hypersoignée, impeccable, toujours très maquillée, bien habillée, dans la représentation permanente, c’est louche. J’y vois une forme de défense hystérique. De même qu’une femme qui se néglige ou refuse tout artifice féminin a sans doute un fond dépressif. ” Autrement dit, si un jour vous avez le cheveu et le maquillage en berne pour paraître le lendemain fraîche et pomponnée, tout va bien. “ Une femme est belle lorsqu’il y a adéquation entre son corps et son esprit ”, renchérit le Dr Kron, pour qui la séduction ne se décline qu’au singulier. Et de citer Baudelaire : “ L’étrangeté est le condiment nécessaire à toute beauté. ”
    J'me sens pas belle
    Dans certains cas, nul compliment, nul rouge à lèvres, nulle rhinoplastie ne suffit à rassurer. Rien ne peut réconcilier certaines femmes avec leur image. Cela peut aller jusqu’à la dysmorphophobie, c’est-à-dire être obsédée par un défaut réel ou imaginaire. Des personnes que le Dr Kron refuse d’opérer et que tout chirurgien devrait savoir repérer. Le Dr Isabelle Gautier, psychiatre et psychanalyste, qui prépare un livre sur “ Comment choisir son chirurgien plasticien ”, est passionnée par ce qu’elle appelle la “ beauté entre scalpel et divan ”. “ De la simple petite fixette à l’obsession qui empêche de vivre, la palette des troubles touchant l’estime de soi est immense et reste la base du travail de psychanalyste ”, confie le Dr Gautier, même si très peu de travaux ont été consacrés aux “ maladies de la beauté ”.
    “ Le complexe en soi n’est pas toujours mauvais, poursuit le Dr Gautier. Une adolescente qui ne veut pas aller à la piscine parce qu’elle a du poil sur les bras, la femme de cinquante ans qui a peur de vieillir..., c’est normal et souvent passager. À la puberté, le complexe peut même être structurant car il permet de s’adapter au groupe. Certaines arrivent même à faire d’un défaut un atout, mais quand une fille de trente-cinq kilos se trouve grosse ou ne veut pas sortir de chez elle parce qu’elle se voit “immonde”, ou avec une bosse sur le nez qui n’existe pas, il faut l’aider. ”
    Et ce n’est pas simple. Comme l’anorexie, la dysmorphophobie n’est pas facile à traiter. Thérapies comportementales, psychanalyse, médicament, chirurgie... À chaque femme sa solution. Qu’est-ce qui fait qu’un détail mineur prenne corps et s’enkyste pour toute la vie ? Pourquoi certaines personnes sont-elles plus sensibles à la pression sociale que d’autres ? “ La mère met en place le narcissisme et l’identité. Le père met en place le désir et permet de s’ouvrir à l’extérieur ”, énonce le Dr Waysfeld. Et bien sûr, ça ne se passe pas toujours comme il faudrait, surtout quand la mère a été absente, soit réellement (morte, partie...), soit psychiquement (absorbée par quelqu’un ou quelque chose d’autre, dépressive...). Le Dr Isabelle Gautier va plus loin. “ Pour qu’une injonction marche, il faut être deux, estime-t-elle. Se dire “Je ne m’aime pas parce que ma mère ne m’a pas assez aimée, je me sens moche parce que mon père ne m’a jamais dit que j’étais jolie”, c’est parfois vrai mais un peu simpliste. Ce n’est pas parce qu’on s’est sentie mal aimée qu’on l’a été. D’ailleurs, il est intéressant de noter que les plus complexées ne sont ni les moins choyées ni les moins jolies. Plus que les parents eux-mêmes, c’est souvent le climat familial qui pèse lourd. L’une se sortira très bien du désastre du “désamour”, l’autre ne retiendra que la remarque anodine qui, dans son esprit, va se transformer en bazooka. Toute sa vie, elle portera l’insatisfaction qu’elle a vue dans le regard de ses parents mais aussi celle qu’elle a cru y voir. Je ne suis pas loin de penser qu’il existe une susceptibilité génétique au sentiment d’abandon. Parfois aussi, on se trouve moche parce qu’on trouve sa mère ou son père moche, physiquement ou moralement. D’autres veulent se faire opérer pour extirper tout ce qui peut leur rappeler un parent détesté. Enfin, certains complexes se construisent avant même la naissance. Si les parents sont persuadés de mettre au monde un enfant difforme par exemple. ”
    Alors, faut-il répéter régulièrement à sa fille qu’elle est belle pour qu’elle ne se sente pas toute sa vie un vilain petit canard ? “ Si vous ne le pensez pas, elle le sentira, estime le Dr Gautier. En revanche, vous pouvez lui parler de ce qui va bien, lui dire : “J’adore tes yeux, ton sourire, ta gaieté, ton charme...” Pareil pour les garçons. Mais vous savez, parfois, le pire qui puisse arriver à une femme, c’est d’être belle, intelligente et d’avoir eu un père formidable. ” Une étude publiée dans le British Medical Journal confirme pour la première fois de manière scientifique que le sommeil embellit.

    On comprend aujourd'hui mieux pourquoi la Belle au bois dormant a séduit le Prince, après avoir passé cent ans à ne rien faire d'autre que dormir. Fraîche comme un gardon après ce siècle consacré exclusivement au sommeil, elle n'a eu qu'à lever un cil pour faire fondre le très couru prétendant au trône, malgré leurs quatre générations de différence…

    Une étude publiée dans le British Medical Journal confirme pour la première fois de manière scientifique que le sommeil embellit. Nous savons qu'après une nuit sans dormir, festive ou de labeur, le miroir nous renvoie l'image d'un visage fatigué, creusé, doté de cernes sombres et d'un teint sans éclat.

    Les chercheurs de l'Institut Karolinska, en Suède, ont entrepris de photographier 23 jeunes gens (filles et garçons) âgés de 18 à 31 ans, après une bonne nuit, et après une privation de sommeil. 65 observateurs ne connaissant pas l'objet de l'étude ont classé les photos selon le degré de séduction qui s'en dégageait. Résultats: la majorité des observateurs a estimé que les photos après un manque de sommeil affichaient moins de séduction, moins d'éclat et plus de fatigue. Si le sommeil est indispensable à la mémoire, l'argument beauté devrait, lui, plus inciter les jeunes filles à se coucher tôt!

    « épilation acnée »

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